Comment savoir si un sol est réellement antidérapant ?
Lorsqu’il s’agit de choisir ou de sécuriser un revêtement de sol, une question essentielle se pose : dans quelles conditions les personnes vont-elles circuler sur ce sol ?
Pour évaluer la résistance à la glissance d’un sol, deux grandes situations sont notamment distinguées :
- les zones fréquentées essentiellement pieds nus ;
- les zones fréquentées essentiellement avec des chaussures.
Cette distinction est particulièrement importante dans les établissements recevant du public (ERP), car les exigences de sécurité peuvent varier selon le type de local, son usage et les conditions de circulation.
Par exemple, la réglementation française prévoit que les marches d’escalier ne doivent pas être glissantes et impose, dans certains locaux fréquentés par des personnes pieds nus, des revêtements de sols antidérapants.
Les normes européennes et françaises permettent ensuite de caractériser la résistance à la glissance des sols au moyen de méthodes d’essai normalisées.
Le test au plan incliné :
La méthode de référence est le test au plan incliné, également appelé « test à la rampe ».
La norme européenne DIN EN 16165:2021 décrit notamment deux méthodes :
- Annexe A : test pieds nus ;
- Annexe B : test pieds chaussés.
Ces deux essais reposent sur le même principe général : on augmente progressivement l’inclinaison d’une rampe jusqu’à atteindre la limite de sécurité de marche.
La personne effectuant l’essai est équipée d’un système de sécurité, notamment d’un harnais, afin d’éviter une chute.
Le test est réalisé avec des conditions de surface et de contact précisément définies par la norme.
Le test pieds nus :
Pour le test prévu à l’Annexe A de la DIN EN 16165:2021, la personne effectue l’essai pieds nus.
Le revêtement est recouvert d’eau contenant un agent mouillant afin de reproduire une situation particulièrement défavorable et de rendre l’essai suffisamment sensible.
La personne se déplace sur la rampe tandis que son inclinaison augmente progressivement.
Lorsque la limite de sécurité est atteinte et qu’un glissement se produit, l’angle de glissance est déterminé.
Deux personnes sont utilisées pour l’essai et une procédure de correction est prévue afin de limiter l’influence des différences individuelles entre les opérateurs. Le résultat final est ensuite utilisé pour déterminer la classe de résistance à la glissance.
Découvrez ici la certification Stellmann pour le test pieds nus classe C PN24.
Les classes pieds nus :
Dans le classement européen associé au test de l’Annexe A : (PN Signifie Pieds Nus)
Angle de glissance | Classe européenne | Classe française |
de 12° à 18° | A | PN12 |
de 18° à 24° | B | PN18 |
à partir de 24° | C | PN24 |
Plus l’angle auquel le glissement apparaît est élevé, plus la résistance à la glissance mesurée est importante.
La classification européenne A/B/C est définie à partir du résultat du test pieds nus. C étant la meilleure note.
Le test pieds chaussés :
La deuxième méthode concerne les sols utilisés avec des chaussures.
L’Annexe B de la DIN EN 16165:2021 décrit le test au plan incliné pieds chaussés.
Les personnes effectuant l’essai portent des chaussures répondant aux spécifications de la norme. Le revêtement est soumis à un liquide d’essai à base d’huile, utilisé notamment pour rendre le test plus sensible.
Comme pour le test pieds nus, la personne marche sur la rampe pendant que l’inclinaison augmente progressivement jusqu’à l’apparition d’un glissement.
Les classes pieds chaussés :
Le classement européen est alors exprimé par les catégories R : (PC signifie Pieds Chaussés)
Angle de glissance | Classe européenne | Classe française |
de 6° à 10° | R9 | PC6 |
de 11° à 19° | R10 | PC10 |
de 20° à 28° | R11 | PC20 |
Attention : le tableau ci-dessus doit être utilisé avec précaution lorsqu’on rapproche les appellations européennes et françaises. Les systèmes de classement français et européens ne sont pas simplement deux écritures parfaitement interchangeables d’une même valeur. La norme française NF P 05-011 définit le classement des locaux en fonction de leur résistance à la glissance et s’appuie sur les méthodes de la NF EN 16165.
Pourquoi existe-t-il deux méthodes ?
Tout simplement parce que les conditions de contact entre le pied et le sol ne sont pas les mêmes.
Une personne qui circule pieds nus dans une douche, autour d’une piscine ou dans un vestiaire n’est pas confrontée aux mêmes conditions qu’une personne qui se déplace avec des chaussures dans un atelier, une cuisine, un commerce ou une zone de circulation.
L’eau, les produits gras, le type de semelle, la nature du revêtement et son état de surface peuvent modifier considérablement le comportement du sol.
C’est pourquoi il est essentiel de choisir un niveau de résistance à la glissance en fonction de l’usage réel du sol.
Le paradoxe des tests antidérapants :
Les essais normalisés sont indispensables : ils permettent de mesurer les performances d’un revêtement dans des conditions définies et comparables.
Mais il existe une différence importante entre un essai réalisé dans des conditions normalisées et le comportement d’un sol dans la vie réelle.
C’est ce que nous appelons le « paradoxe des tests ».
Une position du corps qui ne correspond pas toujours à la réalité
Lors d’un essai au plan incliné, l’inclinaison de la rampe augmente progressivement et l’essayeur doit maintenir sa position de marche.
Lorsque la pente devient importante, le poids du corps est naturellement projeté vers l’arrière et il doit se redresser vers l’avant afin de maintenir l’équilibre.
Cette situation crée une répartition des appuis qui est très particulière : la pression exercée au niveau de l’avant du pied augmente tandis que le talon est presque nulle.
Dans la circulation quotidienne, cette situation est exceptionnelle.
Sur un sol horizontal ou très légèrement incliné, une personne répartit son poids différemment sur ses pieds. Elle marche, accélère, ralentit, tourne, s’arrête ou change de direction. Le pied et le corps sont alors soumis à des forces et à des mouvements beaucoup plus complexes.
Le comportement d’un sol lors d’un essai sur une forte pente ne permet donc pas, à lui seul, de prévoir exactement son comportement dans toutes les situations rencontrées sur le terrain.
Une mesure précise transformée en une classe
Il existe un autre élément souvent méconnu : la classe attribuée au sol ne correspond pas à l’angle exact obtenu lors du test.
Le résultat de l’essai est une valeur angulaire, mais cette valeur est ensuite transformée en une catégorie.
Prenons un exemple simplifié.
Imaginons deux revêtements :
- le premier obtient une valeur moyenne de 19° ;
- le second obtient une valeur moyenne de 24°.
Ils peuvent tous les deux entrer dans la même catégorie de classement PN24, selon le système de classement utilisé.
Pourtant, les deux surfaces n’ont pas obtenu exactement le même résultat lors de l’essai.
La différence devient encore plus évidente avec un revêtement particulièrement performant.
Si un revêtement permet à l’essayeur de conserver son équilibre jusqu’à une inclinaison de 30°, il ne reçoit pas pour autant une nouvelle classe « PN30 » : il reste dans la catégorie supérieure prévue par le système de classement, soit PN24.
Autrement dit :
Deux sols pouvant présenter des performances mesurées différentes peuvent finalement obtenir la même classe.
La classe est donc un niveau de classement, et non une valeur exacte de résistance à la glissance.
Une classe élevée ne signifie pas « impossible à faire glisser »
C’est une distinction essentielle.
Un classement tel que PN24 ou une classe européenne élevée indique que le revêtement a atteint un certain niveau de performance dans les conditions précises de l’essai.
Cela ne signifie pas que le sol ne pourra jamais devenir glissant.
Dans la réalité, de nombreux paramètres interviennent :
- la vitesse de déplacement ;
- la manière dont le pied entre en contact avec le sol.
- les changements de direction ;
- les mouvements du corps ;
- le type de chaussures ;
- l’état des semelles ;
- l’usure du revêtement ;
- l’eau ;
- les huiles et les graisses ;
- les poussières et les salissures ;
Un sol peut donc obtenir un excellent classement lors d’un essai normalisé tout en présentant, dans certaines conditions réelles, une glissance qui reste problématique.
Un exemple particulièrement parlant :
Imaginons deux sols testés dans les mêmes conditions.
Sol A : résultat moyen de 19°
Sol B : résultat moyen de 24°
Le classement peut être identique : PN24.
Pourtant, le résultat du test montre une différence de performance.
Imaginons maintenant un troisième sol capable de résister jusqu’à 30°.
Son résultat est encore supérieur, mais il sera toujours exprimé par la classe maximale prévue par ce système de classement : PN24.
Cela montre une chose importante :
La classe permet de situer un produit dans une catégorie, mais elle ne raconte pas toute l’histoire.
C’est un peu comme comparer deux voitures qui ont toutes les deux une vitesse maximale supérieure à une limite donnée : elles peuvent avoir la même catégorie administrative sans avoir exactement les mêmes performances.
Le véritable enjeu : les conditions réelles :
Chez Stellmann, nous pensons qu’un traitement antidérapant ne doit pas uniquement être choisi en fonction d’une ligne sur un rapport d’essai.
Il faut également se demander :
Comment le sol se comporte-t-il réellement lorsque des personnes circulent dessus ?
C’est particulièrement important dans les zones exposées à l’eau, aux graisses, aux salissures ou à des déplacements fréquents.
Notre expérience de terrain nous a permis de constater que certains supports bénéficiant déjà d’un classement antidérapant pouvaient rester très glissants dans leurs conditions réelles d’utilisation.
Dans certains cas, il a été nécessaire d’appliquer une solution antidérapante Stellmann sur un support pourtant déjà présenté comme antidérapant, afin d’obtenir une surface qui soit antidérapante comme on l’entend.
La norme est indispensable. Mais elle ne doit pas être interprétée seule :
Un classement normatif est un outil de mesure et de comparaison.
La sécurité réelle dépend, elle, de l’ensemble des conditions dans lesquelles le sol est utilisé.
Notre objectif n’est donc pas simplement d’obtenir la meilleure note lors des tests. Notre objectif est de rendre les surfaces réellement sûres dans les conditions auxquelles elles sont confrontées au quotidien.